Il existe environ six fois plus de mots en anglais qu'en français. Et voilà ce que ça change vraiment pour ceux qui pratiquent la langue.
"Il existe environ six fois plus de mots en anglais qu'en français. En 2021, le Complete Oxford Dictionary recensait 600 000 mots uniques, contre 100 000 mots (totalisant 350 000 significations) pour le Grand Robert (le dictionnaire français le plus complet). La majorité des gens ne connaissent que 15 000 à 30 000 mots, et même les bons écrivains dépassent rarement les 50 000 mots (dans une même langue). Cela donne une idée de l'immense diversité de vocabulaire et de nuances disponibles pour les utilisateurs de l'anglais."
J'adore !
Je n'avais jamais réalisé qu'il y avait autant de mots de plus en anglais qu'en français. Pourquoi l'aurais-je su, d'ailleurs ? Je suis tombée dessus par hasard, en cherchant des infos sur la langue anglaise à partager pour un article :-)
Une fois cette information en tête, j'ai commencé à observer mes conversations dans l'une et l'autre langue. Je me suis rendu compte que je suis bien plus précise en anglais qu'en français. Quand je ne suis pas d'accord avec quelqu'un, je suis beaucoup plus convaincante en anglais, parce que les mots que j'utilise sont très spécifiques et que je perds moins d'énergie à contextualiser (j'aurais peut-être pas dû l'admettre ?).
Cette prise de conscience m'a fait remarquer des choses que je savais de façon instinctive, sans jamais y avoir vraiment réfléchi. Voici quelques mots qui peuvent créer de la confusion en français quand on manque de contexte.
« Strong » vs « loud » deux mots anglais, un seul en français : « fort »

Comment la personne à qui je parle sait-elle, quand j'utilise « fort », si je veux dire « strong » ou « loud » ?
Le contexte, évidemment. Si je parle du concert où j'étais et que je dis que la musique était « forte », personne ne doutera que la musique était « loud ».
Autre exemple, plus subtil : « Stranger » et « Foreigner »

En français, il n'y a qu'un seul mot : « étranger ». Le roman de Camus L'étranger a été traduit en anglais par The Stranger, même si d'une certaine façon il parle aussi d'un foreigner. Mais c'est une autre histoire.
Si je dis à un enfant de ne pas parler aux étrangers, la phrase peut être comprise comme « ne parle pas aux inconnus » ou « ne parle pas aux étrangers (au pays) ». Le contexte est ici vraiment, vraiment important.
Autre exemple intéressant : « Wild » et « Savage »

En français, « wild » et « savage » se traduisent tous les deux par « sauvage ». Un titre comme Into the Wild est intraduisible en français (ce serait Into the Savage, littéralement). En France, le titre n'a d'ailleurs pas été traduit ; au Québec, ils l'ont rendu par « Vers l'inconnu ». Le Wild West deviendrait « l'Ouest sauvage », du coup on dit « le Far West ». Allez comprendre ! :-)
J'ai eu du mal à expliquer le mot « wild » à des francophones. « Wilderness » non plus ne se traduit pas vraiment. En français, on dirait « la zone sauvage ».
« Shallow » n'a pas d'équivalent français

Il existe aussi des mots en anglais qui n'ont tout simplement pas d'équivalent en français. L'exemple qui me touche le plus (parce que j'adore être dans l'eau et que j'ai toujours trouvé ça bizarre), c'est « shallow ».
Pour désigner le petit bain d'une piscine, on dit en français « pas profond ». Il faut deux mots là où l'anglais en utilise un seul.
En revanche, pour parler d'une personne superficielle, j'utiliserais « superficiel », comme en anglais d'ailleurs.
« Expensive » ou « pas cher »
Un dernier exemple, parce que ce mot est tellement pratique et que j'arrive toujours pas à comprendre qu'il n'existe pas en français !
Il n'y a pas de mot en français pour dire le contraire d'« cher ». On dit « pas cher », « donné » ou « bon marché » (cette dernière expression est d'ailleurs de moins en moins utilisée).
Le mot « cheap » existe maintenant en français, mais il signifie « de mauvaise qualité », c'est donc péjoratif.
Même si j'ai encore des choses à creuser sur ce sujet, je pense que ces exemples expliquent en partie pourquoi une traduction française d'une phrase anglaise est presque toujours plus longue. Quand je traduisais des documents marketing d'une page de l'anglais vers le français, c'était un vrai défi d'obtenir un résultat tenant sur une seule page. Les textes français sont toujours plus longs que les textes anglais :
- 1984 (Georges Orwell) : 328 pages en anglais, 400 pages en français
- L'étranger (Albert Camus) : 159 pages en anglais, 194 pages en français
- The Great Gatsby (Fitzgerald) : 182 pages en anglais, 250 pages en français
Cela tient peut-être au vocabulaire, comme les exemples ci-dessus l'ont montré ; cela peut aussi venir de différences culturelles dans notre façon de nous exprimer.
Quand j'ai emménagé en France et commencé à travailler dans une entreprise française, on m'a dit que mes e-mails étaient trop courts. Trop courts en longueur, et aussi en ton. Je passais pour quelqu'un d'un peu brusque, voire « sec ». C'était il y a quinze ans, et je suis presque certaine que ce ne serait plus le cas aujourd'hui, mais ça illustre bien la différence.
En quoi est-ce utile pour vous, que vous pratiquiez une langue ou que vous en soyez simplement amoureux/se ? Eh bien, savoir que le français a besoin de plus de mots pour exprimer une même idée, ou que les anglophones natifs ont davantage de choix pour décrire ou expliquer quelque chose, peut vraiment vous aider à mieux comprendre la langue.
Cela peut aussi vous aider sur un point essentiel : arrêtez de vous comparer aux natifs. Au-delà des différences dans la langue elle-même, la culture joue aussi un rôle que vous ne pouvez pas ignorer. Pratiquer une langue, c'est aussi s'immerger dans une culture, et ça ne se construit pas du jour au lendemain, ça vient avec le temps.
Je suis curieuse maintenant de voir ce qu'il en est pour d'autres langues... je vais aller vérifier 😉
